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Pas de titre

30 novembre 2007 19:04 | Frustré | 0 commentaire

 

Comme le temps qui passe, comme le vent qui souffle, immuable et hors contrôle, l'envie de tirer son coup a toujours dirigé la vie de Gabriel. C'est pourquoi, tous les samedis soirs depuis cinq ans, ce grand blond au corps d'éphèbe s'enferme, toute la nuit durant, dans le Macumba Club pour s'envoyer des vodkas pomme et des filles. Trop souvent plus l'un que l'autre, il rentre, de façon quasi systématique, sur les rotules, bourré comme un coing et seul comme un con. Pestant contre les femmes en général, et contre sa concierge (qui laisse les poubelles dans l'escalier) en particulier, il finit par s'endormir tout habillé, dans ses draps que la solitude rend toujours plus froids.
Au matin, sa langue et son haleine donneront à son café un goût de poubelle rance, tandis que ses yeux tenteront de retrouver, en plus d'une couleur normale, une acuité lui permettant de ne pas se bouffer, comme à son habitude, le coin du meuble de la cuisine dans l'épaule, faisant alors souffrir son corps autant que son cœur.
Mais pas ce soir.
Ce soir, c'est l'anniversaire de Gabriel, et sa détermination, tout comme sa bite, est tendue dans une direction que seule la fin du monde ou une belle gastro pourraient faire chuter. Il se refuse à quitter la piste enfumée du Macumba sans l'une des belles blondes (ou brunes; ou rousses) qui ondulent leur corps avec une aisance toute particulière au niveau du bassin.
Ce soir, il est chaud Gabi, il est chaud.
Il a tout organisé de toute façon, tout est sous contrôle, rien ne pourra lui échapper. L'ensemble de la soirée est planifié pour que, ce soir, il puisse fourrer dans ses draps (mais pas que) l'une des poulettes à l'air mutin qui lui font la nique depuis trop longtemps maintenant.
Il a le costard, il a les pompes, il a la chemise. Il a même le boxer assorti aux chaussettes, histoire que ça ne fasse pas comme la dernière fois, quand la nana s'était barrée en pouffant à la vue de ses sous-vêtements dépareillés. Mais surtout à cause de son slip. Il a également fait l'acquisition d'un parfum "à la fragrance aboutie", selon la vendeuse de Séphora. Même si, sur le coup, il avait surtout trouvé le prix abouti. Et la vendeuse, aussi.
C'est donc avec application qu'il se pouponne devant son miroir, hésitant entre le doux aspect glabre du rasoir et la virile irritation de son absence. Il choisira finalement un mixe des deux : la moustache semble être à la mode dans le milieu du chaud buzinaisse.
C'est au moment de la coiffure que les doutes se font plus pressants. En effet, la coupe habituelle lui donne toujours cet air un peu con de premier de la classe, il le reconnaît volontiers. Mais malheureusement, les cheveux en pétard ont tendance à mettre en avant sa calvitie plus que naissante. Le dilemme est tel qu'il décide de laisser au destin la lourde tâche de choisir pour lui : le temps du trajet, il laissera la fenêtre de la voiture ouverte pour permettre au vent de le coiffer comme bon lui semble.
Il laisse sa compile "Makina  Force 11" rythmer sa soirée, il danse un peu sur place en attendant que l'eau frémissante se mette à bouillir dans la casserole pour qu'il puisse y plonger ses pâtes. Des coquillettes. En cas de vomi, ça passe mieux au retour.
L'aspirateur est passé dans la voiture, ses ongles sont coupés courts, ses draps sont propres. Il ne met pas de sauce dans les pâtes pour éviter une malencontreuse tache qui pourrait l'amener à repenser totalement sa tenue.
Au bout de quelques heures, il est fin prêt. Il a tout bon. Il se récite, sur le trajet, les principes fondamentaux de la psychologie féminine que lui ont inculqué les lectures intensives des magazines tels que BIBA, Glamour ou Psycho Mag "spécial femme fatale". En théorie, ça se résume à du "fuis-moi pour que je te suive", à des détails physiques, vestimentaires ou comportementaux invisibles à l'œil masculin, une propension toute particulière à aimer les princes charmants virils, machos, gentils mais lointains, attentionnés mais indépendants, attachés et drôles mais sérieux et matures, un peu enfants mais détachés de leur mère. Dans la pratique, c'est une merde noire.
Etant parti un peu tôt pour palier tout éventuel contretemps sur la route, il ne s'étonne que peu de ne pas voir énormément de voitures aux abords de la boîte. Il faut dire que l'essentiel des personnes fréquentant le Macumba sont mineures, donc déposées par leurs parents, donc le parking est rarement plein. En sortant de sa Twingo, il s'inquiète quand même un peu de ne pas entendre le "toum-toum-toum" de la musique qui fait tant rager les voisins d'habitude.
C'est en arrivant devant l'entrée de la boîte, prêt à saluer Gros Dédé, le videur, qu'il réalise enfin que son anniversaire, cette année, tombe un mardi. Un peu dépité, il s'en retourne chez lui, le cœur malgré tout mis en joie par la rediffusion ce soir du porno de Canal +, ce qui lui fera l'économie d'une cassette vidéo…


Pas de titre

14 novembre 2007 20:48 | Passionné | 0 commentaire

 

Elle est sortie de la cuisine en s'essuyant les mains. En me voyant, elle s'est adossée contre le montant de la porte, en regardant derrière moi par-dessus mon épaule, certainement pour voir si on était seuls.
- Eric est parti ? Qu'elle a dit.
- Ouais, que j'ai répondu, il devait aller chercher son frangin à la gare, soirée à organiser, une connerie comme ça.
Elle a fait "hm hm", s'est retournée, a jeté le chiffon dans la cuisine, et s'est légèrement recoiffée en baissant les yeux, pour éviter de me regarder dans mes miens.
On est resté en silence, moi la regardant, elle faisant semblant de ne pas me regarder. Moi sachant qu'elle savait que je la regardais, elle faisant semblant de ne pas savoir que je savais qu'elle savait que je la regardais.
- Tu comptes rentrer ? Qu'elle a dit.
- …, que j'ai répondu.
Au bout d'un moment, j'ai fait un pas vers elle. Ca a eu pour effet de la faire pivoter de vingt-cinq degrés à gauche, vers la cuisine. Plus un mouvement de fuite que de rapprochement si vous voulez mon avis.
J'ai tendu la main vers son visage. J'ai glissé deux doigts sous son menton, délicatement, comme si sa peau était d'un cristal très fin, et puis j'ai relevé sa tête. C'est uniquement une fois son visage bien en face qu'elle s'est décidée à lever les yeux sur moi et à les visser dans les miens, loin, loin, profonds, intenses. On s'est regardés environ dix secondes, et nous avons eu à peu près ce dialogue, sans prononcer la ponctuation :
- Alors ?
- Alors quoi ?
- Qu'est c'qu'on fait ?
- Je… Je sais pas, tu… Tu veux rester un peu ou bien tu veux rentrer ?
- Non, qu'est c'qu'on fait, nous, tous les deux, toi, moi…
- Ho… Je sais pas…
- Arrête…
- Non, je t'assure, je sais pas, je sais plus… J'me sens pas, je le sens pas, je sens pas grand-chose en ce moment et…
- Arrête !
- Tu…
- Mais t'as peur de quoi dis ? T'as peur de quoi ? T'as peur de moi ? De toi ? Des autres ?
- J'ai pas peur…
- Mon cul que t'as pas peur, t'es toute flippée Marie, t'es flippée comme jamais… Regarde moi, regarde moi !
- Mais tu m'emmerdes à la fin ! Tu veux quoi, hein ? Hein ? Tu veux quoi putain ?!? Mon cul? Mon cœur ?
- Peut-être les deux…
- Va chier, t'en sais rien, tu sais pas, là t'es bien, t'es doué, tu sais faire. Le doute, tu sais faire hein ? C'est ton rayon ça hein ? Là t'aimes bien, t'es dans ton milieu, tu le sais, hein, que tu me troubles ? Tu le sais ! C'est ton truc ça, hein ? Tu kiffes méchant, là hein ? Mais après..? Après tu vas faire quoi bordel ?
- Arrête…
- Après y'aura plus de doute, tu vas te sentir investi, investi d'une putain de belle mission, hein? Me rendre heureuse ? Hein ? Tu vas devoir faire gaffe à moi, hein ? T'occuper de moi ? Et là ça va pas être la même, là tu vas être bien emmerdé…
- Arrête putain…
- Tu vas tout larguer connard, pour essayer de me rendre heureuse, tu vas tout larguer… Regarde-toi putain, mais regarde, t'es là, tu me cours dans les pattes, tu me fais rire, t'espères que j'vais t'embrasser dans le cou pendant que t'accroches un tableau, et puis qu'on va faire l'amour au milieu des cartons, t'espères que j'vais jouir pour la première fois réellement, que j'vais en redemander et que ce sera tous les jours merveilleux…
- Mais arrête, merde !
- Et puis au bout de trois jours tu vas te rendre compte de ce que je suis, de ce que j'attends, de ce que je redoute, et tu vas flipper ta race, et tu vas dépérir, juste parce que t'es trop gentil, et que me faire du mal c'est pas dans tes cordes, t'es pas né avec ça…
A ce moment-là, je l'ai prise par les bras parce que sa tête commençait à pivoter sur le coté et que ses yeux commençaient à briller drôlement. Je l'ai secouée légèrement en murmurant "regarde-moi…" pour qu'elle me regarde. Elle m'a regardé, et moi aussi j'en entamé mon beau couplet :
- Tu crois que quoi ? Tu crois que j'suis un clebs ? Que j'vais remuer la queue et que j'vais attendre à tes pieds le temps que t'aies envie de me voir, de me parler ? J'suis peut-être gentil mais j'suis pas con Marie, alors arrête de me parler comme si tu me connaissais, parce que t'en sais rien, tu sais pas. Tu crois que j'vais douiller pendant que toi tu vas jouer ta dépressive, ta blasée, ta princesse sombre ? Tu crois que j'ai que du bonheur dans le slip ? Tu crois que tu sais qui je suis parce que t'as entendu parler de ma famille, de mon parcours, de mes amis ? Mais va chier putain, mais va chier profond quoi. T'as juste peur bordel, t'as rien d'autre que peur. T'as peur de souffrir encore une fois, de tomber, de te casser la gueule, encore une fois… Mais on s'en fout ! On s'en balance de se casser la gueule putain ! Regarde-moi… On s'en balance ! Viens, viens, donne-moi la main bordel, viens, on va se casser la gueule tous les deux, mais du plus haut possible, viens ! Monte avec moi bordel ! On va grimper, grimper ! Viens ! Laisse-moi te faire kiffer bordel, laisse-moi te donner, te prendre, t'échanger, laisse-moi partager avec toi, merde ! Viens putain ! On se verra pas souvent, on sera jamais jaloux, on aura rien à foutre des autres, le pied, que du bonheur… Toi, moi, et que du bonheur, que du kiff… Viens…
- Tu… T'es qu'un con…
- Et j'ai envie de l'être encore plus… Et puis longtemps, pas longtemps, on s'en fout ! On prend ce qu'il y a à prendre, et dès que ça devient naze, on laisse tomber. La médiocrité c'est pour les autres, c'est pour les faibles, ceux qui s'enferment en se battant pour que ça revienne…
J'avoue, ouais, je l'ai joué à quitte ou double. Je lui avais pas laissé trop le choix : je lui avais imposé de faire un choix. En tout cas, elle a pas mis bien longtemps à répondre.
Mais le plus drôle de cette anecdote, c'est de ne pas révéler son choix à elle, parce que finalement on s'en balance, parce que tant pis pour l'amour, tant pis pour la haine, tant pis pour la vie, parce que de toute façon, n'importe quel choix qu'elle ait fait, ça a été le point de départ de la fin. Et c'est à peu près à l'instant ou j'ai prononcé le mot "revienne", que j'me suis dis "tiens, et si j'avais fermé ma gueule ?"…